Un trou dans le mur donne la lumière
27 octobre 2016 | Ara Kebapcioglu | Savoir |
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Quand les réverbères étaient suspendus au dessus des rues, il fallait pouvoir y accéder...

Cela se trouve rue des Grands Augustins à Paris 6e face au magasin de thé Mariage Frères. Une petite niche dans le mur, au-dessus d’une plaque en fonte montrant la cote de l’inondation de 1910.

Cette niche est un des tout derniers vestiges du système d’éclairage public à l’huile de Paris. Une façade en fonte munie d’un portillon fermé à clef en faisait une petite armoire protégée appelée "boîte à corde".

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À l’intérieur était installé un petit cabestan sur lequel s’enroulait le cordon qui montait d’abord à l’intérieur de la maçonnerie, protégé par un tube en tôle de fer. À une hauteur de quelques mètres du sol, hors de portée d’éventuels vandales ou de voleurs, le cordon continuait son ascension avant de faire le tour d’une petite poulie accrochée au milieu de la rue à un fil tendu d’une façade à l’autre. Au bout du cordon était enfin suspendu la lanterne à huile. Son réflecteur en cuivre argenté lui donnait son nom de réverbère. Le service public de l’éclairage des rues fut établi à Paris à la fin du 17e siècle, la lanterne dont il est question dans cet article fut inventée par Bourgeois de Châteaublanc vers 1744. Les techniques de plus en plus performantes et les différents carburants se sont succédé au fil des siècles jusqu’à la disparition complète des réverbères à huile à la fin du 19e siècle.

À l’époque des lanternes à huile, l’allumeur de réverbères venait rendre visite à ses lanternes deux fois par jour : une fois en plein jour pour l’entretien de la lampe et des vitres de la lanterne, puis à la tombée de la nuit pour l’allumage. L’extinction se faisait automatiquement par épuisement du carburant.

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L’employé ouvrait d’abord le portillon avec sa clef, puis insérait la manivelle qu’il portait avec lui sur l’axe carré du cabestan, et laissait descendre la lanterne à hauteur confortable pour travailler. Une fois ses gestes quotidiens accomplis (changement de la mèche, remplacement du verre, remplissage du réservoir, nettoyage des vitres), il remontait la lanterne et refermait le portillon à clef avant d’aller quelques dizaines de mètres plus loin, recommencer ces mêmes opérations avec la lanterne suivante, une des quelques dizaines dont il avait la charge.

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Ces curieux trous dans le mur ont quasiment tous disparu des murs parisiens. Même ceux qui avaient été bouchés au cours des ravalements successifs et dont l’emplacement se laissait encore deviner par la couleur différente du mortier ont été occultés par des "maquillages" récents, mais ce dernier rescapé de la rue des Grands Augustins tient encore bon. Les passants imaginent qu’à cet emplacement se trouvait une Madone ou une bougie, sans se douter qu’il abritait des lumières d’une autre nature... Une autre niche similaire au 14 rue des Trois Portes semble attendre le jour où elle tombera victime d’un ravalement.


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