Rémi Chayé, l’enchanteur du Grand Nord
5 février 2016 | Anne de Buridan | Critique | Cinéma | Jeunesse | Voir |
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Avec son premier film d’animation comme réalisateur, Rémi Chayé nous emmène dans le Grand Nord : Sasha, jeune princesse russe part à la recherche de son grand-père...

Saint-Pétersbourg. 1882.

Ses amies rêvent de leurs premiers bals et de princes charmants. C’est dans l’ordre des choses, elles sont les dignes héritières de l’aristocratie russe. Mais Sasha a hérité des rêves de son grand-père, explorateur tenace, qu’elle a vu monter à bord d’un gros bateau très costaud, le Davaï, il y a des années de cela, elle était toute petite, pour monter là-haut, tout en haut de monde ; il n’en est jamais revenu ; les recherches n’ont rien donné ; tout le monde avait intérêt à l’oublier...

Tout le monde sauf elle qui a tout appris du Nord, de ses glaces, de ses mers et de ses îles aux noms étranges : mer de Barents, Archipel des Svalbard... Alors, elle espère. Et puis, un jour, un indice, une trace, une piste apparaît là où commencent tous les rêves : le grenier de sa maison ou plutôt, de son palais. Dans les affaires endormies de son grand-père, elle trouve une carte griffonnée, manuscrite [1]. Sasha comprend qu’on n’a pas cherché au bon endroit. On pourrait retrouver le Davaï...

L’aventure peut commencer.

Autant le dire tout de suite, le premier film de Rémi Chayé, en tant que réalisateur, est un petit chef-d’œuvre d’animation et de graphisme soutenu par une histoire originale. Le scénario, une idée de Claire Paoletti, n’est pas une adaptation, ce qui est assez rare pour le souligner. Il est à noter également que nous avons ici une héroïne, même si de plus en plus de films d’animation n’hésitent plus à placer les filles au centre de leurs histoires. D’autant plus que le contraste entre la fragilité physique de Sasha, princesse de surcroît, donc peu habituée à travailler de ses mains, et son courage et sa ténacité à affronter les contraintes du Grand Nord, notamment les équipages de marin, rend l’aventure d’autant plus touchante et palpitante.

Les choix esthétiques sont fabuleux. Loin des animations conçues à grand renfort d’effets 3D ou de dessins trop visiblement assistés par ordinateur [2], Tout en haut du monde séduit par la simplicité de ses lignes et un magnifique travail des aplats de couleurs. Pour rendre les grands espaces du Nord, Rémy Chayé et son équipe, particulièrement Patrice Suau, sont allés puiser dans l’univers graphique des affichistes, notamment celui des compagnies ferroviaires américaines d’avant-guerre. On y retrouve ce jeu des aplats de couleurs et surtout les puissants contrastes entre les ombres et la lumière. Or, dans le nord, le soleil ne monte jamais très haut dans le ciel, les rayons obliques rasent les reliefs ou les nuages et les illuminent majestueusement ; le jour n’y est qu’une longue aurore. Plus généralement, ce choix graphique, par une sorte d’inachèvement expressif - les couleurs ne sont pas enchâssées dans des contours - donne une touche onirique à ce conte nordique.

Une simplicité que l’on retrouve dans les personnages. Volontairement, ils n’ont de traits que ce qu’il faut pour exprimer les émotions ; les traits de contours ont complètement disparu [3]. Là encore, Tout en haut du monde ne fait pas dans la surenchère mais va à l’essentiel : il raconte une histoire.

Si la grisaille parisienne vous pèse un peu en ce mois de février, que vous ayez des enfants ou non, poussez la porte du Studio des Ursulines. Avec Tout en haut du monde, vous vous évaderez bien plus loin que vous ne pensez.

Pour en savoir plus sur le film, rendez-vous sur Benshi.fr : c’est là.

[1on notera juste qu’il est assez incongru que le grand-père écrive ses notes en franglais !

[2Pourtant, le film a été intégralement conçu par ordinateur et utilise la 3D...

[3Et si ce choix esthétique de simplification extrême à aussi permis d’économiser des coûts de production et donc de fabriquer le film en France, cela n’enlève rien à l’efficacité narratrice du procédé, bien au contraire.

Studio des Ursulines - 10, rue des Ursulines, 75006 Paris

Studio des Ursulines, 10 rue des Ursulines, 75005 Paris

Images : avec l’aimable autorisation de © Diaphana pour les extraits du film. L’affiche de la Canadian National Railways de 1925 provient de la Banque d’image en univers social



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