Aventures dans un monde vert
13 mai 2017 | Anne de Buridan | Lire | Littérature |
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Greenland de Henrich Steinfest vient d’être publié aux éditions Carnet Nord.

Un jeune garçon d’une dizaine d’année, autant que ce siècle XXI, vit dans un appartement épuré. Son père est architecte et comme tous les architectes de nos jours, son métier consiste essentiellement à bâtir des aquariums géants dans lesquels évoluent les employés de bureaux, offerts à tous les regards. Ses parents s’aiment, ils vivent même leur amour comme dans une sorte de bulle, transparente et hermétique... mais ils détestent les rideaux, les volets et... les stores !

Il y a en filigrane, une belle réflexion sur notre société contemporaine, son désir permanent de transparence, d’aller y voir partout, mais à travers des vitres blindées. Comme dans l’amour du père et de la mère, la transparence n’empêche pas l’exclusion !

Pourtant, un soir, un store vert fait son apparition dans l’encadrure de la fenêtre vierge du jeune garçon. Un store vert bien particulier : ce store est lui-même une porte-fenêtre à travers laquelle se dévoile un monde étrange. Un monde vert.

Ainsi commence Greenland de Henrich Steinfest. Quelques pages suffisent pour se laisser convaincre par les aller et retours de cet étrange petit garçon entre sa vie "normale" et sa vie dans le monde étrange du store vert. D’un côté, celle d’un écolier de 2010 avec ses relations tendues avec son frère ainée, "un sadique", avec sa sœur incomprise bien plus âgée - elle ne mange pas - et avec sa mère qui fait la cuisine comme une femme émancipée et, de l’autre côté, ses singuliers personnages à jumelles qu’il y rencontre et qui pourchassent une petite fille, qui la torturent même, et que tout jeune garçon qui se respecte ne peut que vouloir aller sauver. Et le chevalier n’est pas loin avec son épée magique, sauf que là, c’est un couteau de cuisine vivant...

Peut-être grâce à la couleur, au fait que l’histoire se passe au bord d’une fenêtre, sûrement grâce au style d’Heinrich Steinfest et à sa façon de dépeindre le quotidien, à la jeunesse de ce garçon, il y a d’abord beaucoup de fraîcheur dans cette première partie de roman. On lit ses pages comme on boirait un jus légèrement acidulé de citron - vert évidemment - en méditant sur la vie par un coucher de soleil sur la ville un soir de printemps. Mais en même temps, il y règne une forme d’angoisse. Les aventures du jeune garçon sont, somme toute, assez inquiétantes. C’est le printemps vu d’un couloir d’hôpital. Tout est très propre, le jardin est bien tenu et ensoleillé, mais la mort et la maladie rodent aux alentours et parfois, elles surgissent sur un brancard...

La seconde partie du roman se déroule quarante ans plus tard. Le fantastique s’entremêle à la science fiction. Le jeune garçon est devenu un homme, il a vécut, il s’est marié et il a eu des enfants mais l’histoire est toujours aussi simplement réaliste : la vie passe avec ses échecs, ses amours qui naissent peut-être sur un malentendu, puis qui s’achèvent, sur les incompréhensions, les trahisons et les ruptures inguérissables.

Chez Heinrich Steinfest, le futur n’est pas un délire de technicité et d’inventions prodigieuses. Après tout, les voyages sur Mars sont d’abord et avant tout une affaire de relations humaines : même si le héro est devenu un scientifique reconnu qui a passer son temps à penser une bulle de plasma pour protéger les vaisseaux spatiaux - à tendance littéraire - lors de leurs voyages. La société a fait des progrès, certes, mais tranquillement et il imagine parfois, avec une pointe d’optimisme et beaucoup d’humour, des évolutions positives... sous forme de rétropédalage : on aura par exemple renoncé à surveiller tout le monde après un black-out de tous les ordinateurs du monde...

Et puis le monde vert revient. Violent et bien changé. Mais il subsiste toujours quelque chose d’irréel, comme dans un rêve, dans ce conte pour adulte qui maille la science-fiction réaliste et le surnaturel.

Je ne peux rien dire ici de la troisième partie : elle est un véritable choc. Une brutalité clinique. Propre. Fraiche. Mais qui va chercher au tréfonds de l’individu. Un dégrisement qui donne à ce roman une dimension assez fascinante. Il prend tout son sens à ce moment là et nous laisse avec des questions fondamentales : qu’est ce que la vie, au final et surtout, où se joue-t-elle ? Plus précisément, où vivons-nous le plus, finalement ?

Librairie Allemande, 5 rue Frédéric Sauton, 75005 Paris



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