Biskra, sortilège d’une oasis
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L’Institut du monde arabe consacre une exposition à l’oasis de Biskra. L’occasion de découvrir cette oasis algérienne : les multiples facettes artistiques de Biskra, de la peinture à la photo, en passant par le cinéma et l’architecture.

Biskra est colonisée, comme le reste de l’Algérie, à partir de 1830. Mais ce sont des artistes, et non des colons, qui vont, à partir de 1844, mettre en valeur cette ville située aux portes du Sahara, une ville qui va les inspirer.

Eugène Fromentin est le premier peintre fasciné par l’oasis. Il est suivi par Gustave Guillaumet, Frederick Arthur Bridman et Maurice Bompart. Biskra devient un lieu où se retrouve une communauté de peintres semblable à celles de Pont-Aven et Barbizon. Théophile Gautier, qui y fait un voyage en 1859, écrit : "Le Sahara voit se déployer autant de parasols de paysagistes qu’autrefois dans la forêt de Fontainebleau." Les artistes sont fascinés par l’oasis, le Sahara tout proche et la vieille ville de Biskra, avec son marché, habitée par les Algériens. Ils délaissent en revanche la ville moderne créée par les Français.


"Biskra, sortilèges d’une oasis", une exposition passionnante à découvrir jusqu’au 22 janvier à l’Institut du monde arabe.


Parmi les peintres les plus connus qui viendront plus tard à Biskra, Maurice Denis peint des lieux négligés par les orientalistes, et Matisse est marqué par la lumière aveuglante et les couleurs de l’oasis, comme on peut le remarquer sur son oeuvre "Une rue à Biskra" de style néo-pointilliste. Une toile de Kokoschka de 1925, "Exode", illustre l’espace sans fin et la chaleur étouffante. Des peintures d’autres artistes, Lazerges, Blaskowitz, Marie-Claire Tonoir... méritent d’être découvertes.

Autre point fort de l’expo : les photos. Celles-ci ont immortalisé à Biskra la présence de célébrités, comme Béla Bartok ou André Gide qui y trouvera l’inspiration pour écrire "L’immoraliste". Les cartes postales touristiques sont vendues à partir de 1895 dans les boutiques de la ville. Elles représentent les photos réalisées notamment par les photographes Jacques-Félix Moulon et Auguste Maure. Dès 1912, des photos aériennes sont faites. A noter une curiosité : la technique du photochrome qui consiste à peindre à l’aquarelle sur les clichés originaux, donnant ainsi l’illusion de la couleur ; quelques photochromes- le marché, une rue- sont exposés.

Une autre partie importante de l’expo est consacrée au tourisme à Biskra. L’image de l’oasis, associée à des hivers doux, à la proximité du désert, à l’exotisme, assure son succès auprès d’une clientèle touristique composée de riches Américains, Anglais, Allemands et Français. Il s’agit d’un tourisme de luxe qui fait travailler un nombre important d’autochtones. Deux grands hôtels et un casino de style "mauresque"sont créés en même temps et quelques années plus tard, en 1888, la jonction ferroviaire entre Batna et Biskra permet une plus grande affluence de touristes. Des touristes qui apprécient une excursion dans le désert, une promenade à dos de chameau, le spectacle d’une fantasia ou de danseuses Ouled-Naïl. Une affiche de 1920 vante "Biskra, reine des Zibans, station hivernale, centre d’excursions variées". La projection d’un extrait du film "Garden of Allah"de 1936 avec Marlène Dietrich, met en lumière une ville fantasmée par Hollywood.

Mais le tourisme s’effondre à l’orée de la deuxième guerre mondiale, et stagnera jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Après celle-ci, il reprend sa vigueur et de nouveaux hôtels confortables sont construits à Biskra qui attire chaque année de nombreux touristes.



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