Convulsionnaires de Saint Médard
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Compte-rendu de la conférence donnée le 18 décembre à la mairie du 5ème

Vous pouvez télécharger la présentation de la conférence de Jean Granat du 18 décembre 2017 (disponible en PDF tous droits réservés)

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Les convulsionnaires de Saint Médard

Le Comité Quartier Latin a organisé lundi 18 décembre à la mairie du 5ème une conférence sur les convulsionnaires de Saint-Médard (1727-1732) un épisode étonnant et méconnu lié au jansénisme.

Catherine Laurence-Maire, universitaire, auteure d’un ouvrage marquant sur ce sujet, rappelle les recherches qu’elle a effectuées sur l’histoire de ces convulsionnaires et miraculés de Saint-Médard.

Elle cite d’abord un chroniqueur de la vie parisienne, Barbier, qui écrit en 1729 , qu’après la mort du diacre Pâris, "des milliers de personnes se rendent sur sa tombe au cimetière Saint-Médard, et qu’on ne sait si on se trouve dans un cimetière ou au théâtre". Toutes les classes sociales sont venues au cimetière. Comment expliquer ce phénomène ? Celui-ci commence donc après la mort du diacre en 1727. François de Pâris avait la réputation d’être un saint. Ce diacre janséniste fait aussitôt l’objet d’un culte. De nombreuses personnes viennent chaque jour prier sur sa tombe et certaines bénéficient de miracles ou sont prises de convulsions. La conversion d’un libertin, Carré de Montgeron, à la suite de sa venue au cimetière, marque les esprits. Celui-ci a l’ambition, ensuite, de convertir le roi au jansénisme, mais il est arrêté et emprisonné ; il publia clandestinement "la vérité des miracles opérés à l’intercession de Monsieur de Pâris".

La conférencière situe le contexte historique des convulsions et des miracles. Tout commence avec les "Réflexions morales" de Quesnel (1634-1719) considéré comme le père du second jansénisme, au début du 18ème siècle. Cet ouvrage est condamné par le pape dans la bulle Unigenitus en 1713. Quatre évêques français, en 1717, appellent à un concile pour discuter de cette bulle. Ils sont nommés "appelants" et entraînent d’autres évêques et de nombreux prêtres et fidèles. A travers Quesnel, c’est l’obéissance au Vatican qui est en cause. Des parlements s’élèvent contre l’abus d’autorité du pape, le mouvement prenant ainsi une tournure gallicane. Mais, en 1726, Fleury, le Premier Ministre, prend clairement position contre les appelants. C’est peu après, à la suite du décès du diacre Pâris, que le phénomène des convulsionnaires et des miracles démarre. Il a du succès pour plusieurs raisons : il est rendu populaire par des gravures, des images, qui les font connaitre au grand public. Et il bénéficie du soutien de l’archevêque de Paris, le cardinal de Noailles, favorable aux Jansénistes, et qui veut faire canoniser le diacre Pâris. Mais le cardinal meurt en 1729 et son successeur, Mgr de Vintimille, est anti-janséniste. Cependant, le pic des miracles a lieu plus tard, en 1731-1732. Ceux qui y assistent font consigner les récits dans un recueil de miracles.

Catherine Laurence-Maire remet en cause la thèse de la folie collective. Elle signale incidemment que, s’il y a eu beaucoup de femmes convulsionnaires ou miraculées, il y a eu aussi des hommes. Au total, il y a eu 116 attestations concernant des paralytiques, des problèmes de motricité et des inflammations cutanées. Les récits lui paraissent raisonnables. Les bénéfices des miraculés ne lui paraissent pas insignifiants. Par ailleurs, les bénéficiaires de ces miracles ne lui paraissent pas marginaux, car ils ont une profession -boutiquier, lingère...- et sont insérés socialement.

Mais comment est-on passé des miraculés aux convulsionnaires ? D’un terme positif à un autre inquiétant ? D’une part, les miraculés ont eu des médecins qui ne les ont pas guéris, et les "miracles "n’ont donc pas été reconnus. D’autre part, les malades se couchent sur le tombeau du diacre et le processus de guérison est lent. Il faut ajouter que les curés favorables à l’Appel ont été remplacés par des curés favorables à la bulle et non enclins à reconnaitre des miracles.

Cependant, l’agitation permanente au cimetière Saint-Médard inquiète les Autorités alors que le Parlement de Paris, lui, défend les miraculés. Le roi Louis XV décide la fermeture du cimetière le 27 janvier 1732. Sur un panneau, devant celui-ci, une phrase : "De par le Roi, défense à Dieu de faire miracle en ce lieu". Le cimetière étant interdit, c’est clandestinement, chez des particuliers, que le public est invité à voir des convulsionnaires. Le 17 février 1733, une ordonnance royale décrète qu’il convient d’arrêter des excès dangereux pour la religion et contraires aux lois de la police. En évoquant les "excès", l’ordonnance évoque des débordements -par exemple, des femmes très dévêtues reçoivent volontairement des coups d’épée sur leur poitrine. Mais les arrestations de convulsionnaires ne feront que conforter ceux-ci qu’ils sont victimes de persécutions et défenseurs de la Vérité. Certains sont restés de longues années en prison. Ils étaient relâchés s’ils reconnaissaient par écrit l’imposture des convulsions.

La conférencière revient sur le diacre Pâris, dont la personnalité explique en bonne partie l’ampleur du mouvement. Issu d’une famille de la petite noblesse champenoise, il a recherché la proximité avec le peuple et a essayé d’imiter les pauvres. Entré dans un monastère en 1713, il s’est opposé à la bulle Unigénitus et a signé l’Appel. Pratiquant l’ascèse, la charité, il a travaillé de ses mains. Il meurt à 37 ans et, dès son décès, commence une dévotion populaire pour ce diacre charitable et proche du peuple.

La conférencière précise quelques points en réponse aux questions du public. Elle réfute la thèse de fous et de marginaux, en précisant que les miraculés étaient insérés socialement. Elle établit un lien entre ces miracles du cimetière Saint-Médard et le miracle de la Sainte Epine en 1656- guérison de la nièce de Pascal -grande figure du jansénisme du 17ème siècle par la relique de la Sainte Epine... Les jansénistes veulent prouver la présence de Dieu. Elle explique aussi que toute la difficulté des jansénistes était de rester dans l’église catholique, tout en se voulant différents de la hiérarchie. Elle conclut en notant que si le jansénisme du début du 18ème siècle avait un aspect populaire, il a été débordé par le peuple lors du phénomène des convulsionnaires-miraculés.

Alain Garabiol

A lire aussi : L’histoire de St Médard et de son Eglise



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