Histoire des théâtres
12 janvier 2016 | Jean Granat | Découvrir | Théâtre | Histoire |
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Savez-vous que la Comédie-Française, avant de s’installer rive droite, est une troupe fondée au cœur de Saint-Germain-des-Prés ?

Antiquité, théâtre sur le Mons Lucotitius

Lucotèce, bâtie sur le flanc nord du Mons Lucotitius, sur la rive gauche de la Sequana (Seine), donnait déjà des représentations théâtrales au premier siècle après J.C., lors de l’occupation par les Romains. Le théâtre romain sous le lycée Saint-Louis et les arènes de Lutèce, rue Monge, en témoignent. Lucotèce deviendra la Montagne Sainte-Geneviève puis le Quartier Latin.

Du Moyen-Âge à la Renaissance, sotie, moralité et farce sur le parvis des églises

Dans la seconde moitié du XIe siècle, des prêtres vont théâtraliser certains passages des Écritures et jouer au niveau du narthex de l’église pour un public illettré. Au début du XIIe siècle naît l’idée de mélanger au latin un peu de langue commune. Ainsi est née la langue dite « vernaculaire ». Cela connaît un grand succès. Au XVe siècle, le spectacle se déroule sur le parvis de l’Église, mais aussi sur la place publique, à Pâques et à Noël. Le spectacle profane prend son essor sous différentes formes : la sotie (pièce d’actualité jouée par les Sots ou Enfants-sans Souci), la moralité et la farce. Des confréries d’acteurs s’organisent.

Du XVIe au XVIIIe siècle, le Pont-Neuf et la Foire Saint-Germain, théâtre de rue

Sur le Pont-neuf et place Dauphine, le célèbre Tabarin (1584-1626) dressait ses tréteaux aux portes du Quartier Latin. Antoine Girard dit Tabarin, car il portait un tabar, sorte de manteau attaché à la hauteur des manches, improvisait des monologues drôlatiques, n’hésitant pas à interpeller les passants et à dialoguer avec eux, tout en vantant les vertus de remèdes miracles. Les tabarinades dénommaient les propos philosophico-comiques qu’il entretenait avec son maître Mondor. Ils alternaient des réflexions en tous genres, frôlant parfois l’absurde. En 1595, la troupe conduite par Jehan Courtin et Nicolas Poteau donna des représentations à la Foire Saint-Germain. En 1618, les comédiens André Soliel et Isabel Legendre ont l’autorisation « de donner quelque récréation au peuple pendant la tenue de la Foire Saint Germain ». En 1678, un premier théâtre fondé par les Frères Alard s‘y installe. Le premier paraissait costumé en Scaramouche. Son cadet, Pierre, était sauteur et prit le rôle d’Arlequin.

« Dans l’histoire du théâtre en France, le Quartier Latin compte pour beaucoup. En effet le Pont- Neuf et ses abords furent aux XVIIe et XVIIIe siècles les lieux de stationnement les plus prisés par les charlatans de toutes sortes. Le théâtre de rue avec ses parades et ses saynètes jouées par ces charlatans tient une place non négligeable dans l’histoire du théâtre. Dans cette même période le Théâtre de Foire fut très présent également avec la Foire Saint-Germain qui abritait des petits théâtres dans son enceinte et dans les alentours immédiat. » Pierre Baron, Docteur en littérature française, collaborateur au CESAR (Calendrier électronique des spectacles de l’ancien régime), Oxford Brookes University. Doc. inédit 2013.

Molière et l’Illustre théâtre, premiers pas au Quartier Latin

Jean-Baptiste Poquelin, né le 15 janvier 1622, fait ses études au Quartier Latin, au collège de Clermont (actuel lycée Louis le Grand). Il est avocat à 18 ans et rencontre Madeleine Béjart, directrice d’une troupe déjà connue, ainsi que ses frères Joseph et Louis. Ensemble, ils fondent l’Illustre-Théâtre. La nouvelle troupe s’installe au Jeu de Paume des Mestayers, 13 rue de Seine, où elle débute le 1er janvier 1644 dans le genre tragique. Jean-Baptiste Poquelin se fait appeler Molière depuis 6 mois. C’est un échec. Ruiné, il est obligé d’emprunter et quitte les lieux. Il est emprisonné. En 1658, Molière, écrit Le Docteur amoureux, une comédie qui fait rire aux éclats le roi Louis XIV, c’est le succès. Il triomphe à Paris le 18 novembre 1659 avec Les Précieuses ridicules. Jusqu’à sa mort en 1673, il connaîtra la gloire et écrira tous ses chefs-d’œuvre.

© Documentation et bibliographie ART Association de la Régie Théâtrale Bibliothèque de mises en scène et de documentation théâtrale (modifiés)

La création de la troupe de la Comédie-Française rive gauche

Il existait à Paris, trois troupes de théâtre : celle du Marais, celle de l’Hôtel de Bourgogne et celle du Palais-Royal, dirigée par Molière. Après la mort de ce dernier, les comédiens du Marais rejoignent la troupe des comédiens de Molière.
Cette nouvelle troupe, les « Comédiens du Roy » s’installe dans le Jeu de Paume de La Bouteille, rue Mazarine, en remplacement de l’Opéra de Paris. Les Comédiens du Roy prennent le nom de « Comédie- Française » le 21 octobre 1680.
En 1687 la Comédie-Française reçoit l’ordre de quitter le théâtre de la rue Mazarine. Elle achète alors le Jeu de Paume de l’Étoile situé un peu plus au sud, rue des Fossés-Saint-Germain et s’y installe en 1688. Ces deux rues sont dans le prolongement l’une de l’autre. Le théâtre a été inauguré en 1689 avec la représentation de Phèdre de Racine et du Médecin malgré lui de Molière.

De la Comédie-Française au Théâtre de l’Odéon, un siècle marqué par des incendies

À partir de 1770, la construction du nouveau Théâtre Français, pour recevoir la Comédie-Française, est en chantier, en face du Luxembourg, sur le terrain du jardin de l‘hôtel du prince de Condé, d’après les plans de Marie-Joseph Peyre et Charles de Wailly. Le 9 avril 1782 a lieu la première représentation. Il deviendra le Théâtre de la Nation en 1789, puis en 1794 le Théâtre de l’Égalité et en 1796 l’Odéon.
Le 15 mars 1799, l’Odéon brûle. Il est restauré en 1803 par l’architecte Jean-François-Thérèse Chalgrin, sous l’Empire et devient "Théâtre de Sa Majesté l’Impératrice et Reine" alors qu’il est rattaché au Sénat de l’Empire. Il est dirigé par Louis Picard qui permettra à la troupe de conserver une certaine homogénéité. En 1814, il s’appelle le Second Théâtre-Français.
Le 20 mars 1818, un violent incendie vint encore détruire l’intérieur de ce théâtre et ne laissa subsister que les parties extérieures. Il est reconstruit par les architectes Pierre Thomas Baragay, architecte du Palais du Luxembourg et Jean-Louis Provost. La restauration est conforme à la réalisation de Chalgrin. Seule la façade principale est de 1819. La nouvelle salle est inaugurée en septembre 1819 et placée par Louis XVIII sous la tutelle de la Comédie-Française. Sarah Bernhardt a été la reine de l’Odéon. En 1870, pendant le siège de Paris, elle obtient du ministère de la Guerre l’autorisation d’installer une ambulance militaire dans le foyer du théâtre. La République proclamée, l’Odéon rouvre ses portes.
En septembre 1971, il devient le Théâtre National et le 1er juin 1990, il prendra son indépendance vis-à-vis de la Comédie-Française en devenant par décret l’Odéon-Théâtre de l’Europe, tel qu’on le connaît aujourd’hui.

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Le Théâtre du Luxembourg dit de Bobino au XIXe siècle

Au XVIIIe siècle, le Jardin du Luxembourg était plus étendu vers l’ouest jusqu’au niveau du cul de sac Notre-Dame-des-Champs. L’ouverture en 1778 de la rue du Luxembourg, qui délimite le jardin à l’ouest et deviendra la rue Guynemer en 1866, puis en 1780 de la rue de Fleurus ont réduit le Luxembourg. En mars 1813, Carris, demande au préfet de Paris l’autorisation d’ouvrir un théâtre rue Madame. Une grange en bois est aménagée. Dans la troupe se trouvait un clown-prestidigitateur nommé Bobino. Sur un terrain voisin au 7 rue de Fleurus, D’Aubignosc érige une modeste salle de spectacles en dur. La première représentation se déroule le 26 juillet 1817. Carris et D’Aubignosc s’unissent. Le 13 septembre 1817 naît le spectacle du Théâtre du Luxembourg dit de Bobino. Après la reconstruction du théâtre de l’Odéon, tout à côté, en 1846, la rivalité grandit entre ces deux théâtres. La direction de l’Odéon intervient auprès du préfet de Police pour faire fermer le Théâtre du Luxembourg. Il sera démoli en 1868.

Le retour de la Comédie-Française au Quartier Latin : le théâtre du Vieux-Colombier

En 1913, Jacques Copeau, critique de théâtre pour plusieurs journaux parisiens, rachète la vieille salle rénovée de l’Athénée Saint-Germain et y fonde le théâtre du Vieux-Colombier avec une troupe composée notamment de Charles Dullin et Louis Jouvet. Un vent d’enthousiasme souffle, interrompu par la guerre de 1914, mais l’aventure théâtrale moderne est en route : refus du décor, de la machinerie, de l’accessoire afin de privilégier l’œuvre et l’auteur.
En 1924, Copeau met fin à l’expérience du Vieux-Colombier. Un cinéma d’avant-garde s’y installe. En décembre 1930, la compagnie des Quinze, composée de comédiens formés par Copeau et dirigés par Michel Saint-Denis, revient au Vieux-Colombier. En décembre 1970, la comédienne Marthe Mercadier prend la direction du Vieux-Colombier jusqu’en octobre 1971 et y multiplie les activités : spectacles pour enfants, théâtre de minuit, cabaret...
Le théâtre est menacé de disparaître en 1975. En 1978 il est classé monument historique. Racheté par l’État en 1986 ce lieu essentiel a été entièrement restauré et est devenu la seconde salle de la Comédie-Française. Les portes du théâtre sont réouvertes depuis le 9 avril 1993, non loin du lieu de naissance de la Comédie-Française.

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Le Théâtre de la Huchette

Minuscule théâtre, La Huchette est un espace qui offre une promiscuité féconde entre le public et ses acteurs. Fondé en 1948, il est avant tout renommé pour sa programmation en hommage permanent à Ionesco. Depuis une première représentation de La Cantatrice chauve en 1957, cette pièce est jouée sans interruption avec La Leçon. Son premier directeur, Jacques Vitaly, permet à des auteurs controversés et talentueux tels que Bréal, Schéhadé, Kataiev et Audiberti d’être joués sur scène jusqu’en 1952, puis ceux sont des metteurs en scène comme Candelier, Bataille, Balachova, Poliéri, Postec, Cuvelier qui ont la possibilité de monter des pièces de Lorca, Genet, Tardieu, Tourgueniev et Ionesco
En 1975, le théâtre est racheté par des comédiens. Depuis 1981, un spectacle de création est présenté tous les soirs à l’issue des deux pièces de Ionesco. Deux pièces qui sont encore aujourd’hui à l’affiche du théâtre, un demi-siècle plus tard.

Le Lucernaire

Fondé en 1968, impasse d’Odessa, à Montparnasse, par Christian Le Guillochet et Luce Berthommé, il déménage en 1975 rue Notre-Dame-des-Champs dans le 6e arrondissement. En 2004, les éditions l’Harmattan le rachètent. Sous l’impulsion d’une nouvelle équipe l’ensemble est totalement rénové et modernisé.

Le premier Théâtre Mouffetard

Il a été fondé en 1948 n°74 de la rue, au sein de La Maison pour tous, lieu de culture populaire voué aux au cinéma et à la musique. Démantelé en 1968, il fut démoli.
L’actuel Théâtre Mouffetard a été construit un peu plus loin au n°73. Il s’appelle aujourd’hui Le Mouffetard-Théâtre des arts de la Marionnette.

Le théâtre de marionnettes du jardin du Luxembourg

En 1933, un théâtre avec Guignol du Luxembourg fait la joie des enfants. Ce personnage a été inventé au XIXe siècle par un arracheur de dents, Laurent Mourguet, pour attirer ses clients. Guignol entre ainsi dans l’Histoire de l’art dentaire.

Retrouvez l’annuaire des théâtre du Quartier Latin ici.


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