L’abri des Feuillantines…
24 janvier 2018 | Gilles Thomas | Savoir | Reportage | Archéologie |
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L’abri des Feuillantines… dit de « Laval » (dans les « Catacombes » de Paris)

Afin de mettre fin à d’éventuelles rumeurs infondées, voici quelques notions élémentaires à connaître sur l’abri de Défense Passive de l’école des Feuillantines (Paris 5e), aujourd’hui baptisée lycée Lucas de Nehou et enseignant les « Métiers des Arts du Verre et des Structures Verrières ». Cet abri fait partie de la quinzaine de ceux qui avaient été établis au niveau des anciennes carrières souterraines de la Ville de Paris, dénommées abusivement Catacombes par beaucoup (autorités comprises). Concernant les abris DP, on peut aussi se reporter à la page http://www.quartierlatin.paris/?ces-galeries-qui-sifflent-sous-nos-pas... ou également à http://www.parigramme.com/livre-abris-souterrains-de-paris-458.htm (mais on peut aussi jeter un œil sur :
http://paris-bise-art.blogspot.fr/2014/06/labri-de-defense-passive-de-la-mairie.html (pour un abri en cave) ;
http://paris-bise-art.blogspot.fr/2015/10/mairie-du-xiv-labri-de-defense-passive.html (pour un Poste de Secours Sanitaire devenu simple abri administratif... mais néanmoins étanche aux gaz) ;
http://paris-bise-art.blogspot.fr/2017/04/tranchee-abri-de-circonstance-bercy.html (une tranchée-abri) ;
http://paris-bise-art.blogspot.fr/2017/04/labri-des-ardoines-vitry.html (une autre tranchée-abri, hors Paris).
 
Beaucoup d’entre vous connaissent certainement l’abri dit Rol-Tanguy localisé sous la place Denfert-Rochereau, à partir duquel fut coordonnée l’Insurrection de Paris du 20 au 25 août 1944. Il s’avère que sous le lycée Lucas de Nohou se trouve également un abri qui aurait pu avoir une activité liée aux Collaborationnistes, mais il n’en fut rien n’ayant jamais été achevé, comme nous allons le voir.
Autre abri envisagé pour les Allemands dans le secteur : la station de RER Luxembourg L’armée d’occupation ne cessa de la réclamer pour son personnel. Cela aurait donné un abri tout à fait ordinaire, au détail près qu’il n’aurait pas été d’une profondeur jugée comme suffisamment protectrice, mais cela ne changea en rien l’opinion de l’armée allemande qui demanda à plusieurs reprises que lui fut réservée cette gare.

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Photo du fléchage dans l’abri Allemand, dans son état des années 80’s (© Bruno Lapeyre)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le lycée Montaigne (Paris 6e) fut réquisitionné au profit des autorités d’occupation dès le 23 septembre 1940. Il fut affecté aux soldats de la Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, cantonnés au voisinage immédiat de son Haut Quartier Général que le Maréchal Goering avait établi au Palais du Luxembourg. Cet ancien établissement scolaire fut alors baptisé Florian Geyer Burg. Les petites classes 1 et les 6e sont alors transférées dans l’école communale de la rue des Feuillantines (5e arrondissement), et dans les locaux de l’Alliance française, 101, boulevard Raspail (6e arrondissement).
L’école des Feuillantines devint donc le « Petit Lycée Montaigne » suite à l’arrivée des élèves chassés de leur précédent établissement par contrainte de réquisition. À partir d’août 1941 pour y aménager un abri, il fallut débourrer la carrière sous l’école, autrement dit enlever les remblais issus de l’exploitation et qui atteignaient par endroit 4m50. Le gros œuvre sera terminé en juillet 1942, cet abri étant caractérisé par trois accès totalement différents par leur forme : un ancien escalier hélicoïdal débouchant près de la rue des Feuillantines, un escalier à volées droites pour une utilisation par les jeunes enfants, et un puits de service à échelons dépendant de l’administration des PTT, utilisable uniquement comme sortie de secours après démolition d’un murage léger en briques pour s’extraire de l’abri. Le 17 mai 1943 (date anniversaire s’il en est), il fut décidé que cet abri servirait « également » à la population du quartier qui en manquait cruellement, en leur ouvrant l’accès circulaire ; mais en revanche plus aux élèves, à cause d’un problème d’éclairage dans l’escalier droit, couvert de plus par des plaques en béton trop lourdes et donc difficilement maniables, excepté par des hommes forts.

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Extrait du plan Giraud (mis à jour 1er janvier 2000)

Nouveau changement d’affectation à partir de février 1944, suite à une réunion entre le Secrétaire général du Gouvernement, le Préfet de la Seine, le directeur de la Défense Passive, des représentants ministériels et de services techniques de la Ville de Paris. Sentant le vent tourner, Pierre Laval (chef du gouvernement collaborationniste de Pétain d’avril 1942 à la fin de l’Occupation) venait de demander l’installation d’un Poste de Commandement gouvernemental dans le centre scolaire des Feuillantines 2, et donc le réaménagement de l’abri souterrain aux fins d’y faire installer des éléments de confort dignes des futurs utilisateurs. Ce site est choisi pour le positionnement de son abri au niveau des carrières, ce qui permettait de prévoir « un certain nombre de cheminements souterrains, avec des raccordements possibles, soit par les réseaux d’égouts, ou par des carrières, avec des artères souterraines de grande envergure comme le Métro ». Cela aurait permis d’y accéder en cas de bombardements intenses, et inversement des extensions auraient pu être atteintes par des liaisons souterraines à partir de ce PC central. En revanche, le secteur des ministères (essentiellement 7e arrondissement) étant hors zone de carrières, seul le métro ou les égouts pouvaient être envisagés. Ceci était d’ailleurs pensé et avait été réfléchi par l’Ambassadeur du Reich à Solférino, qui avait étudié la possibilité d’installer une draisine sur les voies du métro pour atteindre un point à partir duquel il pourrait pénétrer ce « Paris souterrain ».

À partir de mai 1944, l’abri des Feuillantines fut donc désaffecté de sa destination initiale pour être aménagé en « abri de Commandement des Ministères », à destination d’un état-major d’une soixantaine de personnes qui auraient même pu être amenées à y travailler. En compensation, pour le public qui aurait pu être surpris dans les rues au moment d’une alerte, on leur attribua des caves des rues Gay-Lussac, des Feuillantines et Claude Bernard pour s’y substituer, en attendant l’aménagement d’un nouvel abri dans une carrière à proximité. Ce sera l’ensemble des vides sous le 77-79 rue Claude Bernard (occupé aujourd’hui par la Société géologique de France), connu désormais des cataphiles 3 sous le nom de « salle Z » (qui ne se trouve absolument pas sous le Val-de-Grâce, mais est néanmoins connectée avec ces anciennes carrières souterraines, classées MH par arrêté du 1er mars 1990).

Le 14 février 1945, les travaux n’étaient toujours pas achevés, à cause de l’augmentation considérable du volume de terrassement initialement prévu (les piliers tournés de la carrière étaient plus faibles qu’imaginé ou en mauvais état), de la masse des maçonneries à ajouter (les massifs de soutènement déjà présents étaient aussi dégradés, et il fallait les assoir sur le bon sol), de plus il avait été prévu des ouvrages anti-souffle toujours pas réalisés ; sans parler de la hausse des salaires entre mars et septembre 1944. Au final, cet abri désormais inutile, sera réceptionné le 19 décembre 1945 !

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Escalier principal d’accès de l’abri (extrait de http://catacombes.web.free.fr/)

Pour la transformation de l’abri public des Feuillantines en un PC gouvernemental, cela avait nécessité des travaux d’assainissement, de ventilation, de chauffage, d’éclairage, et l’apport « d’appareils divers pour permettre le confort indispensable à un séjour prolongé pour des occupants obligés de maintenir leur activité pendant les alertes », mais en « raison des circonstances », la Libération trop rapide de la capitale, il ne servit jamais. Le groupe électrogène de l’annexe de la Mairie du 14e avait à cette occasion été réquisitionné, et installé dans les carrières du Val-de-Grâce aménagées elles-aussi en abri pour l’hôpital situé au-dessus. L’abri Laval fut alors déséquipé à partir de mai 1945, afin d’éviter que le matériel et les accessoires ne se dégradent à cause de l’humidité ambiante des carrières, d’autant plus qu’en cette période post-Libération, la population manquait encore de tout. Mais des petits malins avaient déjà commencé à se servir, une armoire ayant été fracturée et une partie de l’outillage qu’elle renfermait avait dès lors disparu.

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Une des pièces carrelées de l’abri (© Gaspard Duval https://fr-fr.facebook.com/Catacombes.Interdites/)

Le 25 août, Paris étant définitivement libéré, l’abri souterrain de la place Denfert-Rochereau, qui fut bien utile aux résistants, ne s’avéra plus nécessaire. Rol-Tanguy s’établit alors en surface, et choisit pour se faire dès le 28 août… l’école des Feuillantines. Une FFI sous les ordres de Rol-Tanguy, raconte dans son journal de souvenirs : « Je suis affectée rue de l’Université dans le 7e, à côté du Ministère de la Guerre dans un hôtel réquisitionné. L’avantage, c’était agréable ; ça changeait du central téléphonique installé dans les catacombes ! Et même de celui de l’école de la rue des Feuillantines... Là, des couloirs avec tapis, des chambres très belles, pas de lits, des bureaux et cabinets de toilette. »

Ci-dessous le sol en mosaïque, typique des années 30’s (© Gaspard Duval).
La sortie de secours de l’abri percée… vue depuis la galerie de servitude du Service des carrières sous la rue des Feuillantines.

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Pétition du Comité Quartier Latin POUR UN FORFAIT "SPÉCIAL LIVRES" A LA POSTE

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« Sorcières », revue littéraire, artistique et féministe parue en 1975. Premier numéro : la nourriture

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Créée en 2007, la petite maison d’édition TriArtis, située dans le Quartier latin, vient de publier l’œuvre poétique d’Edmond Rostand.

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Portrait de l’association VSArt, qui propose des activités culturelles pour des personnes en situation de fragilité et d’isolement

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Merveilleux récital des poèmes d’Edmond Rostand, organisé par le Comité Quartier Latin, donné le 19 novembre par le comédien Jacques Mougenot au théâtre Mouffetard devant un nombreux public.