L’histoire de Bébé, de Lunéville au Muséum d’Histoire naturelle
24 février 2018 | Alain Garabiol | Savoir | Critique | Documentaire | En Une |
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L’histoire extraordinaire de Nicolas Ferry racontée par Jean Granat et Evelyne Peyre

Le 9 mars, un documentaire d’ARTE (cliquez ici), en parlait à travers son invitation au voyage du château de Lunéville !

Vient de sortir :
- "Bébé", un nain à la Cour de Lunéville (1741-1764) Édition L’Harmattan. Collection "Médecine à travers les siècles", éditeur renommé du Quartier latin.

BÉBÉ, UN NAIN A LA COUR DE LUNEVILLE
L’histoire extraordinaire de Nicolas Ferry racontée par Jean Granat et Evelyne Peyre
Ce nain (1741 à 1764) a vécu au Château de Lunéville (Lorraine) mais après sa mort ses restes ont été envoyés au Quartier latin, au Jardin du Roy, où Buffon a remonté son squelette, toujours conservé au Muséum National d’Histoire Naturelle (Musée de l’Homme). Aujourd’hui, il est inscrit au Patrimoine.
Une statue très renommée a été exposée au Quartier latin dans différents musées.

Qui était vraiment Bébé, ce nain attaché à la Cour de Stanislas, roi de Pologne (déchu) et duc de Lorraine ? Evelyne Peyre et Jean Granat ont fait de longues recherches pour comprendre ce personnage célèbre dont le squelette est conservé au musée de l’Homme, qui dépend du Muséum national d’histoire naturelle. Nos deux chercheurs, l’une anthropologue biologiste (Muséum/CNRS), l’autre odontologue, ont fait œuvre d’historiens en racontant la vie de Nicolas Ferry auprès d’un monarque éclairé au siècle des" Lumières".
Celui-ci naît en 1741 à Champenay, un petit village vosgien. Il mesure 20 cm et pèse 400 g. Puis Nicolas grandit un peu en taille, et son esprit se développe au sein de la culture paysanne locale, ses parents, de pauvres cultivateurs ne pouvant lui donner une instruction classique. Il parle le patois. Il aime la compagnie de sa chèvre, qui a été sa nourrice, et également celle d’un mouton et d’une oie. Il a une figure agréable, un corps harmonieux et est doux et aimable. 
Deux événements perturbent l’enfance de ce nain -on dit aujourd’hui "adulte de très petite taille"- Son père meurt quand il a trois ans et, deux ans plus tard, deux dames de la Cour de Lunéville, se promenant dans les Vosges, le rencontrent et, à leur retour, parlent de lui au roi Stanislas. 
C’est le grand tournant de la vie de Nicolas : Stanislas demande à le voir, on le conduit au château. Le duc de Lorraine le trouve gentil et agréable, et demande à sa mère si elle consent à le lui donner. Elle accepte. Il la couvre de cadeaux. 
Nicolas est transplanté, sans préparation, dans un univers totalement différent. Il découvre donc en 1746, à 5 ans, le château de Lunéville, construit selon le modèle de Versailles, une Cour, avec ses usages. 
 
                           NICOLAS DEVIENT BÉBÉ
 
Et Stanislas va l’appeler "Bébé". Pourquoi ce nom, qui va devenir par la suite un mot commun pour désigner les nouveaux-nés ? 
Les auteurs retiennent, parmi d’autres, deux hypothèses : 
- Nicolas, très lié à sa chèvre, a pu imiter son bêlement, béé-béé. Il est rapporté que le nouveau-né s’alimentait en tétant une chèvre, sa bouche, trop petite, l’empêchant de se nourrir au sein de sa mère, que l’animal ne le quittait jamais et qu’il l’adorait. Transplanté à la Cour, le garçonnet qui ne parle pas le français, a pu réclamer sa chèvre sécurisante et s’acharner à se faire comprendre des courtisans francophones en répétant avec obstination cette onomatopée (bé-bé). 
- c’est un mot du dialecte vosgien, "jouet" se disant "bébé". De fait, Stanislas s’amusait de lui un peu comme d’un jouet.
 
A la Cour de Lunéville, Bébé est cependant traité comme un courtisan, pas comme un bouffon. Mais, au début, il n’est pas heureux, il déprime beaucoup, il dépérit. Seule la venue de sa mère et de son frère le sauve. Heureusement, il a une protectrice, la princesse de Talmont, qui lui apprend le français et sait l’écouter. Et Stanislas en fait un compagnon à qui il transmet le goût du théâtre, de la danse et surtout de la musique. Car ce monarque est un souverain cultivé, ouvert, bienfaisant, tolérant. Le duc de Lorraine invite des philosophes comme Voltaire et Émilie du Châtelet à résider chez lui. Jean Granat et Evelyne Peyre évoquent parfaitement cette vie intellectuelle et ce lieu de fêtes. 
Bébé semble heureux jusqu’en décembre 1759, période pendant laquelle séjourne au château de Lunéville Joseph, âgé de 20 ans, un nain polonais, de lignée aristocratique. La Cour l’admire pour sa culture générale- il parle ainsi trois langues. Bébé, qui a alors 18 ans, en devient très jaloux et souffre des éloges faits à celui que l’on surnomme "Joujou". Mais Bébé va aussi souffrir du rapport de Tressan, un philosophe résidant depuis plusieurs années à Lunéville, qui établit une comparaison entre les deux nains, qui lui est très défavorable. Pour Tressan, Bébé ne dépasse pas les bases de l’instinct, c’est un imbécile. 
Evelyne Peyre et Jean Granat notent des erreurs dans le rapport de Tressan et estiment que, si Bébé semble être resté intellectuellement à l’âge de 5-6 ans, il n’était pas idiot. 
Il avait même de l’esprit. Par exemple, un jour, le roi lui demande : "quand serez-vous sage ?". Il répond : "Quand je ne vous ferai plus rire, Stan !"
Mais, après la puberté, il commence à vieillir. Son vieillissement s’accentue à 22 ans. Un an plus tard, il a un rhume et meurt le 9 juin 1764. 
En 1767, son squelette est envoyé au Cabinet du Roi, devenu en 1793 le Muséum national d’histoire naturelle.
Nos deux chercheurs ont commencé à s’intéresser à Bébé en étudiant son squelette à partir de 2005. La dernière partie de leur ouvrage est purement scientifique. Ils établissent que la taille du nain adulte était de 94, 5 cm et qu’il avait le corps harmonieux d’un humain "normal" mais en réduction. Leurs travaux prouvent aussi que le nanisme ne contraint pas certaines régions du cerveau, car son crâne, malgré sa petitesse, présente des régions de taille classique, comme "incompressibles". Nicolas Ferry a eu un retard de croissance à début intra-utérin, et était sans doute atteint d’un nanisme rare d’origine génétique. Beaucoup d’autres observations sont à découvrir dans ce livre.
Jean Granat et Evelyne Peyre ont su restituer de manière vivante la vie de Bébé au château de Lunéville et ont réalisé une étude scientifique très intéressante. Mais leur plus grand mérite est d’avoir fait l’étude psychologique, emprunte d’humanisme de Nicolas Ferry, un être né avec un handicap, dans un milieu défavorisé économiquement et culturellement, et qui a dû s’adapter à un milieu totalement différent. 

Ce livre est disponible à la Librairie Picard & Epona, 18 rue Séguier 75006 Paris
ou commandé sur leur site, http://www.librairie-epona.fr/

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