Le retour au jardin d’Eden...
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Vivons-nous une période révolutionnaire dans l’agriculture ? Révolutionnaire au sens elliptique du terme avec un retour intelligent à des formes d’agricultures plus anciennes... que l’agriculture.

Pour Gilbert Cardon, co-fondateur du jardin des Fraternités ouvrières de Mouscron, en Belgique, un bon jardinier, c’est celui qui parvient à jardiner... en pantoufles ! Autrement dit, une fille - comme Natacha Leroux - ou un garçon qui connait assez bien la nature et ses processus pour la laisser faire, intervenir de moins en moins - tout en produisant beaucoup. Et il n’est pas le seul. D’autres, comme Didier Helmstetter, revendique même, parfois contraint et forcé, un idéal de... paresse ! [1]

Le jardin des Fraternités ouvrières, si l’on peut encore appeler cela un jardin tant il est luxuriant par endroit, est un modèle de ce que l’on appelle aujourd’hui les forêts nourricières. À savoir, une forêt pensée, car il y a un desseing préalable, et plantée par l’homme pour produire constamment, mais de façon autonome, avec le moins d’intervention possible, des fruits surtout, des légumes, du bois, etc.

Cela peut paraître anecdotique et marginal, mais Gilbert Cardon et les autres s’inscrivent dans un mouvement très vaste qui va de la façon de penser les jardins à celle de vastes exploitations agricoles. Cultures sans labours, agro-foresterie, culture de conservation – pour reconstituer les sols détruits - sont quelques concepts exemplaires de la profonde révolution agricole qui se met en place depuis quelques décennies.

Des chasseurs-cueilleurs jardiniers

Révolution, au sens tant elliptique que technique du terme. En effet, tous ces mouvements ne sont-ils pas une sorte de retour du refoulé - avec 15.000 ans de retard ? Le chasseur-cueilleur qui sommeille en nous ne serait-il pas en plein réveil, en pleine rébellion même, contre l’agriculteur qu’il est devenu contraint et forcé ?

« L’être humain n’a pas inventé l’agriculture puis sauté et dansé de joie ; il y fut amené petit à petit, contraint par la nécessité, et depuis il n’arrête pas de pester contre le labeur qu’elle exige »

En 1998, Colin Tudge publiait un petit essai édité en français par les éditions Cassini sous le titre Néanderthaliens, bandits et fermiers qui titille un peu l’idée que l’on se fait, justement, des chasseurs-cueilleurs et des agriculteurs. Et si l’"invention" de l’agriculture avait représenté, en somme, la fin d’un âge d’or ?

La Bible le dit très bien : Où vivaient Adam et Ève ? Au jardin d’Éden. Là tout poussait tout seul. Il n’y avait qu’à se servir et se laisser vivre. Puis, ils en furent chassés et une dure vie de labeur - et de labour - commença...

En résumé, c’est un peu se qui arriva aux hommes qui vivaient dans la basse vallée constituées des quatre fleuves de la Mésopotamie AVANT la fin de la dernière ère glacière.

« Cette terre désormais recouverte par les eaux du Golfe Persique devait être un endroit privilégié ; situé au confluent du Tigre et de l’Euphrate, elle formait une large plaine baignée d’un climat délicieux. Elle n’était pas menacée par la sécheresse ; poissons et coquillages se trouvaient sans doute en abondance dans ses eaux, qui attiraient aussi probablement d’importantes colonies d’oiseaux aquatiques. Les gazelles et les daims y proliféraient, ils n’y avaient qu’à tendre la main pour cueillir les fruits sur les arbres... »

La fin de l’ère glaciaire et la montée rapide des eaux qui s’en suivit - le déluge - n’ont pas facilité la vie des Hommes qui durent trouver d’autres contrées, probablement moins hospitalières et se mettre à cultiver pour de bon.

« Tel qu’il est décrit dans l’Exode, le travail de la terre en Égypte est littéralement une besogne d’esclave, mais ce sont des bergers qui veillent sur l’Enfant Jésus dans la crèche. Il est vrai que du temps de la Bible, l’agriculture était jugée autrement plus "agressive" que l’élevage, car elle a sur l’environnement un impact bien plus fort »

Comme on le voit encore avec les agricultures sur brûlis à Madagascar, en Amazonie, ou ailleurs, l’agriculteur va détruire un milieu stable pour le remplacer par un milieu en dégradation rapide, notamment des sols. L’impact de l’élevage est réel, lui-aussi, mais il est beaucoup plus lent et donc moins perceptible. Les prairies ouvertes qu’il crée peuvent être stable et devenir des milieux « naturels » pour les générations qui n’ont pas connu la forêt.

Seulement, pour Colin Tudge, l’« âge d’or » de la cueillette et de la chasse ne fut pas une époque où les hominidés restèrent absolument passifs face à leur environnement, ne se contentant que de ce qu’ils trouvaient. Bien au contraire.

Pour lui, les Cro-Magnon pratiquaient une sorte de proto-agriculture. Une agriculture rudimentaire qui consiste, par exemple, à protéger l’arbre, poussé naturellement, qui vous donne ses fruits. Ce que l’on nomme aujourd’hui la Paraculture. Ou bien, à apprivoiser le loup, ce qui donne un large avantage comparatif à la chasse.

Et selon son hypothèse, c’est cette proto-agriculture qui à permis à Cro-Magnon de triompher sur tous ces concurrents : à la fois, les autres espèces d’hominidés mais également tous les grands carnivores. Car, l’agriculteur, même en dilettante, a l’avantage d’avoir plus de nourritures disponibles et d’être moins soumis aux aléas naturels.

« Autrement dit, les êtres humains qui complétaient leur ordinaire en se livrant, même à petite échelle, à une forme d’agriculture primitive, ont facilement pu rayer de la carte d’autres espèces, surtout s’ils les traquaient plus résolument encore qu’elles devenaient rares. Un chasseur qui n’est que chasseur ne saurait arriver à ce résultat ; lui court à sa perte à partir du moment où le nombre de ses proies s’épuise »

Cro Magnon a donc pu se développer et conquérir la planète, mais ce fut au prix d’un immense carnage. Colin Tudge dresse la liste surréaliste et presque incroyable des disparitions d’espèces qui ont suivies l’avancée de l’Homme de Cro-Magnon.

« Au cours des siècles qui suivirent l’arrivée des premiers êtres humains en Amérique du Nord, vers 13.000 avant J.C., sur les quarante-cinq genres de grands mammifères alors installés dans ces contrées pas moins de trente-trois furent anéantis »

En ces temps de fêtes d’halloween, Larry Hodgson - encore un jardinier paresseux ! - explique que c’est ce qui a faillit conduire les citrouilles au bord de l’extinction. Les citrouilles avaient besoin de la mégafaune américaine pour disséminer leurs graines. Une fois, la mégafaune éteinte, les citrouilles n’ont du leur salut que grâce à leur domestication... par l’Homme !

13.000 ans, ce n’est pas grand chose, c’était presque hier. Pourtant, aujourd’hui encore, nous assistons à une disparition massive d’espèce. Une disparition si massive que l’on parle de la sixième grande extinction. L’Homme a un tel impact sur l’environnement que tous les genres d’animaux et de végétaux vont être affectés, non plus seulement les fauves concurrents ou nos proies. Aurons-nous encore un quelconque avantage quand les abeilles auront disparu et que des milliers de plantes ne seront plus ou mal pollinisées ?

Dans ce contexte, lire Néandertaliens, bandits et fermiers forge une conviction : au regard de l’histoire longue, la révolution agricole est désormais impérative. Il va falloir repenser l’agriculture, non seulement pour nourrir l’humanité, mais aussi toute la Création. Il en va de notre survie. Mais peut-être qu’avec un peu d’intelligence, nous pourrions tous survivre... en pantoufle !

Neandertaliens Bandits Et Fermiers - Les Origines De L’Agriculture, édition Cassini, Paris, 5 € | Commander ici

[1Bien évidemment, il est question ici de paresse physique, pas intellectuelle. Loin de là. Il va falloir mettre beaucoup d’intelligence et de connaissances pour permettre à la nature de produire toute seule... ou presque.



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