Les Ukrainiens, « destins gommés »
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Que sait-on de cette nation qui a fait la une de l’actualité en 2014, en 2015, et dont le sort et la stabilité sont loin d’être réglés ?

Sophie Lambroschini, spécialiste de la Russie et de l’Ukraine, véritable chercheuse de terrain, puisqu’elle a vécu 10 ans à Moscou, et vit à Kiev depuis une dizaine d’années, consacre un opus à ce peuple des « confins » - Oukraïna signifiant « aux confins ».

Des gens du sud

Hier et encore aujourd’hui, L’Ukraine est un pays oublié, laissé pour compte : d’abord aux mains des nomades (notamment des cosaques et tatars), puis sous domination polonaise à partir du XVIe siècle, russe à partir de 1654… les steppes et la forêt orientale sont progressivement mises sous contrôle… L’indépendance est proclamée, seulement, le 24 août 1991, à la chute de l’URSS. L’Ukraine est donc un jeune État qui a fêté, il y a peu, son quart de siècle. Le peuple ukrainien, lui, est bien plus ancien, « les Ukrainiens sont les Slaves de l’Est. Ils ont une langue, une culture et une histoire propres ». Et pour les comprendre, il faut faire un effort, « pour voir le monde à travers des yeux ukrainiens, il faut d’abord opérer un recentrage géographique qui les place en "gens du Sud" », aux terres noires gorgées de soleil et fertiles, comparés à celles de Russie.

Précis, concis et dense, tel est l’ouvrage de Sophie Lambroschini.

Chacune des parties s’ouvre par un entretien avec un spécialiste ukrainien, deux avec Andrii Portnov, historien et essayiste, la troisième avec Michailo Wynnchyj, sociologue, et la dernière avec Oksana Kis, ethnologue et historienne. De grands noms là-bas, inconnus ici pour la plupart d’entre nous. Ils offrent une première entrée dans le terreau ukrainien, Sophie Lambroschini complète le tableau par des chapitres thématiques, rapporte les paroles de militaires devenus guides touristiques d’un site de lancement de missiles rendu inactif par le Traité de non-prolifération des armes nucléaires, décrypte l’histoire tragique du Donbass, étudie la viticulture en Bessarabie et termine avec les femmes.

(Re)Tisser la mémoire ukrainienne

L’attention portée aux mémoires en conflits, aux récits narrés par les différents courants d’une nation, n’est pas nouvelle en historiographie, des lieux de mémoire de Pierre Nora au principe d’un transfert de mémoire de Benjamin Stora [1]. Elle est fondamentale pour comprendre les tensions actuelles en Ukraine. Sophie Lambroschini démêle les discours de chaque camp et leur filiations : nationalistes armés (des cosaques à la droite dure d’aujourd’hui comme le mouvement Pravy Sektor), pronazis, prosoviétiques, antisoviétiques (l’Armia Krajowa composée de polonais), nationalistes antipolonais (des massacres furent commis par l’UPA, l’armée insurrectionnelle ukrainienne, pendant la seconde guerre mondiale), prorusses d’aujourd’hui et proeuropéens…
Lisez cet opus pour comprendre. Progressivement, on remonte vers Maïdan, des pans s’éclairent, d’autres restent en clair-obscur, et plus d’un passage fait froid dans le dos. Le titre de l’article est emprunté au chapitre consacré à la population juive ukrainienne, exterminée, principalement par balles, pendant la seconde guerre mondiale, et à sa lente reconnaissance officielle.

La librairie Polonaise vous invite à explorer l’Ukraine :

Histoire de l’Ukraine – des origines à nos jours, Arkady Joukovsky, Editions du Dauphin

Lettres de Kharkhov – la famine en Ukraine 1932-1933, Andrea Graziosi, Editions Noir sur Blanc

Tchernobyl – La Zone, Bustos/Sanchez, Editions Des Ronds dans l’O

Traverser Tchernobyl, Galia Ackerman, Editions Premier Parallèle

L’Ange blanc, Niels Ackermann, Editions Noir sur Blanc

Journal de Maïdan, Andreï Kourkov, Editions Liana Levi

La route du Donbass, Serhiy Jadan, Editions Noir sur Blanc

Ukraine le réveil d’une nation, Alain Guillemoles, Editions Les Petits Matins

Un romancier ukrainien, un des rares traduits, Yuri Andrukhovych aux Editions Noir sur Blanc.

[1Benjamin Stora explique comment la mémoire coloniale a été transférée sur le territoire métropolitain avec l’installation des pieds noirs en France après l’indépendance de l’Algérie. Essai réédité dans Mémoires dangereuses, Albin Michel, 2016

Les Ukrainiens, Sophie Lambroschini, HD atelier Henry Dogier, collection "Lignes de vie d’un peuple", 2014.
© BnF, Basse Volhynie ou Palatinat de Kiow, tiré entièrement de la grande Ukraine du Sieur le Vasseur de Beauplan, par le Nicolas Sanson, cartographe, 17e siècle.



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