Numéros d’immeubles visibles la nuit : une idée lumineuse !
10 octobre 2016 | Ara Kebapcioglu | Savoir | Histoire |
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Quand une petite innovation change le quotidien.

Le promeneur attentif a sûrement repéré de curieuses lanternes portant un numéro en façade des immeubles souvent au-dessus d’une porte. Trois d’entre eux sont situés aux 26-24-22 rue Berthollet dans le 5e arrondissement de Paris, à quelques pas de la rue Flatters où j’exerce mon activité de restaurateur de luminaires anciens. J’ai voulu en savoir plus.

La première mention que j’ai trouvée d’un tel numéro est faite dans le Bulletin de la Société d’encouragement de l’année 1841. Page 417, le rédacteur M. Gourlier nous présente cette nouveauté inventée par M. Gille, fabricant de porcelaine, rue de Paradis-Poissonnière 28 (actuelle rue de Paradis) : remarquant que, le soir et malgré l’éclairage public des rues, il est difficile de distinguer les numéros de la plupart des maisons, M. Gille a eu l’idée de percer, dans l’un des panneaux de la porte d’entrée, une ouverture d’environ 12 à 15 centimètres de diamètre, qu’il remplit d’un verre dépoli recouvert d’une plaque métallique dans laquelle il découpe le numéro de la maison, et, s’il y a lieu, le nom de l’établissement qui peut y exister, tel que hôtel garni, bains, etc. ; il place derrière une lampe à mèche plate qui éclaire non seulement ce transparent, mais aussi, à l’aide d’un réflecteur, le passage et même les localités au-delà, cour, escalier, etc.

L’éclairage au pétrole n’existant pas à cette date, il s’agit évidemment d’une lampe à huile dont le pouvoir éclairant serait loin de satisfaire nos exigences actuelles. Un rare exemplaire fonctionnant à l’huile est conservé au Musée de la Poste bd. de Vaugirard.

Bientôt, d’autres techniques vinrent améliorer l’éclairage public comme dans les locaux particuliers, et les numéros d’immeuble furent éclairés au gaz : flamme plate, puis, vers la fin du siècle, bec Auer à incandescence. En 1894, Henri Maréchal dans son "Éclairage à Paris", en dénombre à Paris env. 700. Leur utilisation était rendue obligatoire à Paris pendant une bonne partie de la deuxième moitié du XIXe siècle. Ils facilitaient aux cochers ou à la police le repérage d’une adresse dans l’obscurité. Après de longues recherches, j’ai réussi à repérer dans Paris un numéro d’immeuble éclairant à travers la porte aussi bien la plaque que l’intérieur du hall. Il est situé au 13 rue Soufflot, sur la porte de l’immeuble dont le rez-de-chaussée est occupé par la Librairie Pédone.

L’allumeur de réverbères qui était chargé de l’allumage des candélabres de rue s’occupait également des numéros d’immeuble, une redevance du propriétaire complétant son salaire.

L’appareil utilisé est de forme triangulaire en saillie, avec deux pans garnis soit d’un numéro découpé dans une tôle, doublée d’une plaque en verre opale, soit d’une plaque en verre à deux couches dans laquelle la couche extérieure bleue est gravée pour laisser apparaître le numéro dans la couleur de la deuxième couche incolore dépolie. Un petit trappillon en dessous de l’appareil permet l’introduction de la perche de l’allumeur, alors que le robinet qui commande l’alimentation du bec se situe sous l’habitacle. L’employé faisait d’abord basculer le robinet en position ouverte avant d’appuyer sur la poire en caoutchouc pour faire jaillir la flamme de la perche et allumer ainsi le bec à l’intérieur de la lanterne.

Un certain nombre de ces numéros a survécu jusqu’à nos jours, mais très peu d’entre eux sont éclairés à l’électricité, aucun au gaz.


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