Oui, la chanson française est un art !
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Première rencontre avec Stéphane Hirschi sur la chanson française lors du séminaire à l’ENS

Le 28 septembre dernier s’est tenu à l’École Normale Supérieure, la première conférence du cycle « Chanson, voix, poésie » dédié à la recherche sur la chanson française. Après l’introduction d’Hortense Raynal [1] centrée sur Brassens et Paul Valéry, l’invité, monsieur Stéphane Hirschi, chercheur à l’université de Valenciennes et pionner de la cantologie, a réalisé une intervention sur le thème du souffle et du corps de la chanson. Archicube [2] de l’École et auteur d’une thèse sur Jacques Brel, il a parfaitement mené la séance au rythme de Barbara, de Nougaro, de Brel bien sûr, mais aussi de Trenet et de, plus étonnant, Patrick Bruel…

Oui, Patrick Bruel a résonné dans les bâtiments centenaires de l’École, assez représentatifs il faut le dire du traditionalisme intellectuel français… Mais il faut le dire, avec le séminaire sur le rap, un autre sur le mauvais goût, un dernier sur l’identité queer dans la littérature de jeunesse, il flotte comme un goût de remise en question des normes littéraires établies. Et bien la chanson française n’a plus « mauvaise réputation » dans les études universitaires.

Ce qui est ressorti de cette séance est que la chanson est donc plus que jamais un art « lié à l’air et à la vie », parce qu’elle est une question de souffle et de corps. Effectivement, du côté de l’artiste, l’organe est utilisé, les cordes vocales vibrent dans l’air et dans l’espace, la bouche et le visage offrent un nouvel aspect à chaque seconde, et, plus que jamais, sur scène, lors des concerts, des live, le corps est mis à contribution.

Brassens est là, il ne bouge pas beaucoup, certes, dans sa légendaire staticité et l’absence de salutations – la critique lui reprochait d’ailleurs cela ! - mais il est bel et bien là, présent, pro scenium, sur le devant de la scène. Les artistes adoptent des postures, tels des acteurs ou des actrices, le corps joue, il agit. Actrice, acteur, agir, tout cela vient d’ailleurs du grec agein, qui initie le mouvement.

« La chanson a permis d’arracher la poésie à l’imprimerie », a dit Nougaro, que nous allons écouter tout à l’heure d’ailleurs. Effectivement, la chanson tout en gardant sa poésie est corporelle, vivante. Le corps est parfois mis à rude épreuve. On a tous et toutes en tête l’image lorsque j’évoque un Jacques Brel dégoulinant de sueur après le port d’Amsterdam ou bien une Edith Piaf courbée, épuisée qui chante pourtant de toutes ses forces.

Par ailleurs, il n’y a pas que la bouche du chanteur et de la chanteuse, il y a les yeux du spectateur et de la spectatrice. Le public est lui aussi un corps in presentia dans la même pièce que l’artiste. Certes, comme au théâtre, pour reprendre une citation de Paul Claudel, dans sa pièce L’Échange, parue en 1954, « il y a la scène et la salle », mais malgré cette séparation, il y a harmonie. Les yeux rivés sur ce corps, le public harmonise son propre corps sur celui de l’artiste, en bougeant, donc avec le corps. En chantant aussi. En même temps que lui, ou bien même après lui. Le souffle, le souffle de vie se perpétue, il survit au chanteur alors même qu’il n’est plus assuré par ce dernier. La chanson se pérennise alors dans les esprits, le souffle étant d’ailleurs originellement lié à la spiritualité, d’après son étymologie latine, spirare, spiritus. Ainsi, la chanson étant limitée physiquement par le souffle de celui qui la chante – en effet, dans les écoles de chant, c’est bien souvent le souffle que l’on travaille en premier, on y apprend que le souffle soutient le son et sa justesse, qu’il en est la condition – est également agrandie par le souffle inspirateur.

Parmi les choses à retenir, il y a notamment celles-ci : (citations de Stéphane Hirschi)

« L’invention de l’enregistrement permet l’objectivation de la chanson : ré-écoute et analyse d’une interprétation qui fait œuvre »

« Les historiens de la chanson sont des archéologues »

« La chanson construit une structure existentielle de l’agonie. En commençant, elle finit déjà. En disant ’Ne me quitte pas’ dès les premiers mots, Jacques Brel a déjà tout dit. »

« La malice du refrain (des ’Bourgeois’ de Brel) consiste à laisser les bourgeois s’insulter par leur propre imagination. Comble d’ironie, la pirouette de la descente diatonique de l’accordéon évoque le dégonflement d’une baudruche. »

« Le souffle chanté joue la figure de l’éternel retour au sein de ces formes brèves que sont les chansons. »

Cette belle séance s’est conclue autour d’un pot convivial.

Rendez-vous le 19 octobre 2016 à 19h30 pour la deuxième séance avec Baptiste W. Hamon autour de la figure de Songwriter, de la question de la scène, du live, de l’écriture de chanson… Ce sera une séance participative, où le public est invité à parler à tout moment !

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ça aussi c’est intéressant ! >> Patti Smith, génèse d’une poétesse rock.

[1Hortense Raynal est créatrice et organisatrice de ce séminaire d’étudiante sur la chanson

[2Ancien élève

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45 rue d’Ulm 75005 Paris

École Normale Supérieure, rue d’Ulm, 75005 Paris



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