Patrick Modiano et Victor Hugo au Quartier Latin
Vous avez aimé cet article, partagez le !

Patrick Modiano et Victor Hugo ont une géographie en commun : les feuillantines.

Personne n’est plus intimement lié aux quartier des Feuillantines que Victor Hugo. Au point qu’on en oublie que d’autres avant et après lui ont logé dans le couvent et ses dépendances. D’où ce phénomène étrange de possession dont témoigne Patrick Modiano :

Aujourd’hui, 26 mai 2001, au début de l’après-midi Je me suis rendu compte que cette mince pellicule de minces événements pouvait se déchirer et se diluer d’un instant à l’autre. Je marchais rue du Val-de-Grâce et rue Pierre Nicole. Quartier calme des Feuillantines. On dirait que l’air y est léger et garde l’écho des années révolues.
“ Le jardin était grand, profond , mystérieux…  [1] ”

J’avais perdu tous les minuscules points de repères de ma vie. Des lambeaux de souvenirs me traversaient qui n’étaient plus les miens, mais ceux d’inconnus et je ne pouvais pas leur donner une forme précise. Il me semblait que j’avais habité par ici dans une vie antérieure. J’y avais laissé quelqu’un. 
 [2]

Hugo n’est pas nommé mais subtilement présent dans cette évocation finale d’un « éphéméride » où chaque lieu rappelle un souvenir personnel ou littéraire croisé avec l’Histoire, de telle sorte qu’au temps qui passe s’oppose la pérennité du lieu concentrée dans son atmosphère. L’« écho des années révolues » qu’elle transmet n’est pas nostalgie fétichiste mais certitude qu’il reste dans l’air du quartier, « léger » seulement les jours enluminés, quelque chose de l’atmosphère que non seulement Hugo a pu respirer mais avant lui ceux qui l’ont seulement traversé. Le souvenir ne se maintient et transmet que par l’air : « Ce rêve en arrière, auquel s’opiniâtre la mémoire, est flottant comme le nuage, mais plus tenace », écrit Hugo dans Ce que c’est que l’exil, et il ajoute : « Paris est respirable ».

Il ne l’est plus guère, certes, mais on admettra que le lieu inspire parce qu’il est respiré. Dans Dora Bruder, Patrick Modiano, sur les traces de la jeune fille disparue fin 1941, va au 62, rue de Picpus, adresse de l’internat du Saint-Cœur-de-Marie où elle a été élève. Persuadé que Hugo a donné une adresse exacte, il l’identifie au couvent du Petit-Picpus où Jean Valjean et Cosette se sont réfugiés. Nous savons que la localisation est beaucoup plus indécise dans « ce quartier qui a existé à peine ».

En réalité, le couvent du Petit-Picpus n’était autre que celui des Bénédictines de l’Adoration perpétuelle, 12, rue Neuve-Sainte-Geneviève, actuelle rue Tournefort. Hugo avait dû le « dépayser » en 1862 pour éviter toutes sortes de tracasseries. Les hasards de l’Histoire, mais le hasard existe-t-il ? font que ce lieu indécis est celui où Censier (La Sorbonne Nouvelle) va être à son tour délocalisé dans l’actuel XIIe arrondissement…

« Coïncidence », ou « don de voyance » ? Hugo a anticipé en quelque sorte ce transfert tandis que Modiano, en identifiant la jeune Dora à Cosette en fuite, témoigne de la prégnance de Hugo et du quartier des Feuillantines dans son imaginaire topographique.

[1Les Rayons et les Ombres, XIX.

[2Patrick Modiano, Ephéméride, Mercure de France, “ Le petit Mercure ”, p. 38.



JPEG - 151.2 ko

Amoureuses des livres et de la littérature ! Passionnés d’histoire et de philosophie ! Le Quartier latin fête le livre.

JPEG - 213.9 ko

Le célèbre Stabat Mater de Pergolèse sera donné à Saint-Séverin, le 9 juin 2017, par de jeunes talents de la musique baroque.

JPEG - 183.9 ko

Pour sa 35e édition, le Marché de la poésie vous donne rendez-vous place Saint Sulpice.

JPEG - 155.6 ko

Compte-rendu de la table ronde organisée à la Mairie du Ve pendant le festival Quartier du Livre.

JPEG - 157.2 ko

Une rencontre autour de l’autrice et peintre suisse, Sylvie Dubal à l’occasion de la diffusion du film qui a été réalisé par Marcel Grodwohl.