Lettre ouverte aux élus de la République : VACCINONS LES LIEUX !
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Le risque pandémique requiert d’urgence une Loi et des programmes de Sécurisation des Établissements Recevant du Public (ERP)

Le Covid passe son deuxième été et les chercheurs prévoient une quatrième vague avant septembre. Il est acquis à présent que la vaccination est nécessaire, mais ne sera pas suffisante. Et que la circulation accrue du variant Delta représente la menace d’une mutation plus virulente. À l’association Comité Quartier Latin [1] ceci nous concerne, car dans les Ve et VIe arrondissements de Paris, nous œuvrons en faveur de la vie et des activités culturelles, privées et publiques - création, écrit, savoir. Le Quartier Latin est doté d’une densité et d’un rayonnement culturels et scientifiques parmi les plus intenses au monde. Et paradoxalement, ce territoire urbain a particulièrement souffert de la gestion sanitaire, du fait même de ses richesses d’intérêt public et de qualité de vie.

Alors que grâce aux progrès des vaccinations et aux températures estivales, nous jouissons de la reprise de la vie, nous n’oublions pas que pendant tant de mois, la culture et l’enseignement supérieur et de la recherche ont fait l’objet dans toute la France de ruptures d’égalité inexplicables, contraires aux valeurs de la République et aux droits culturels des personnes, dont l’État et les collectivités territoriales partagent pourtant la responsabilité.
Atterrés de voir négligé depuis un an, tout un pan constructif de la prévention du Covid, nous ne demandons qu’une chose et en urgence : le rétablissement de la prévoyance rationnelle de l’État avec les moyens préventifs auxquels il fait couramment appel à l’égard d’autres risques, sans pour autant peser hors de proportion sur l’enseignement et la culture.

La prévention du risque : une organisation éprouvée
En France, le risque d’incendie comme ceux des pollutions et des catastrophes naturelles font l’objet de lois de prévention : tout un arsenal de normes et de contrôles techniques, jauges du public, plans de préventions et de secours. Ceux-ci prennent en compte la croissance exponentielle d’une menace circulant à bas bruit, avec des règles permanentes de prévention et des actions exceptionnelles d’urgence en prévention de l’expansion du risque déjà manifeste.
Depuis un an que nous connaissons sa diffusion par aérosols, la pandémie du Covid a toutes les caractéristiques de ces risques réglementés.
Et pourtant, hors de la vaccination des personnes, la prévention du Covid se poursuit dans l’improvisation et l’imprévoyance.

Les critères connus
Le Covid-Sars2 et ses variants se transmettent par aérosols. La propagation du virus est indifférente à l’identité des personnes qui le transportent, indépendante du contenu de l’évènement concerné et de la signification des contacts. Cependant, la durée et la densité en virus de ces aérosols est déterminante pour leur contagiosité. Le coronavirus ne se transmet qu’en fonction de critères physiques et spatiaux : le nombre, les localisations et les émissions d’aérosols des présents, les obstacles physiques entre eux, la ventilation environnante qui les dilue ou disperse. Ce sont les lieux de réunion, leurs usages physiques (silence, parole, chant… masques ou pas) et les nombres de contacts qu’ils engendrent, qui sont décisifs, intégrés au réseau spatial qu’ils forment avec les transports à l’échelle d’un bassin de vie.

La « vaccination des lieux » en complément de la vaccination des personnes
La discrimination par produits (« essentiel » ou pas), statuts (lycéen ou étudiant), identités (messe ou cinéma), secteurs d’activités (cantine ou restaurant) manque donc cruellement de justification sanitaire. Et les jauges pour un établissement recevant du public (ERP) n’ont de sens, que référées aux usages physiques et aux conditions de ventilation spécifiques à chacun des lieux.
Comme les scientifiques et universitaires le clament particulièrement pour l’enseignement supérieur et la recherche [2], c’est donc à travers l’amélioration du renouvellement d’air au sein des moyens de transport et des espaces, que se joue la prévention des épidémies à propagation par aérosols, actuelles et à venir.

Notre projet local
Dans ce contexte, nous avons déposé en février 2021 un projet d’Étude et de Partage local des Lieux Éducatifs et Culturels [3]. Différents lieux, associés à des jauges et usages physiques variés sont à expertiser. Selon leur niveau de risque sanitaire, pourront alors être programmés des cours - de la maternelle à l’enseignement supérieur – ou des projections de films, dans les musées, les bibliothèques ou les théâtres ; ou p.ex. des spectacles, concerts ou séances d’auteurs des librairies, dans les amphithéâtres ou les cinémas...
En soutenant l’amélioration de la ventilation, d’autres lieux – commerces, bureaux, cafés… - peuvent adhérer à ce partage circulaire qui maintient les activités, ainsi que les droits culturels des personnes. Cette démarche ascendante permet aux élus locaux d’assumer leurs compétences partagées du développement et de la culture. Et de satisfaire aux objectifs du changement climatique, de la ville du quart d’heure et de la résilience.

Le besoin d’un cadre légal et réglementaire
La généralisation de telles démarches nécessite la définition de normes de risque au plan national. Aussi, lors de la rénovation d’un lieu, le maître d’œuvre doit proposer les travaux aux normes de sécurité bâtimentaire. Ces normes sont également nécessaires, si - selon une proposition du groupe « Agir » [4] -, la ventilation double-flux est imposée dans toutes les constructions neuves ; aussi, si la proposition du Sénat [5] faite le 13 avril 2021, qui recommande « d’aider les établissements culturels » en créant « un fonds pour l’équipement des salles en systèmes d’aération et de ventilation plus performants », est mise en œuvre.
Les normes sécuritaires relèvent de la compétence de l’État. A l’instar de risques similaires, le risque sanitaire à propagation par aérosols nécessite à présent une législation sur les normes de ventilation, les expertises obligatoires, les contrôles, les niveaux d’alerte, les échelles des territoires, et les plans de prévention et d’alerte à mettre en œuvre par l’État et les collectivités territoriales.

Des moyens financiers immédiatement nécessaires
Au vu de l’urgence de la prévention de la pandémie et afin d’enrichir l’expertise pour la définition des normes, les moyens de financement de la sécurisation des lieux sont non seulement indispensables, mais créateurs d’emplois et de nouveaux métiers.

Nous demandons :
- Le respect des valeurs de la République, des droits culturels des personnes et du rôle détenu par la Culture, l’Enseignement et la Recherche pour la prospérité et le rayonnement de la France ;
- La cohérence de gestion du risque pandémique, qui permette à chaque activité de chaque secteur - quel que soit le statut ou l’identité de l’établissement, de ses actifs, de son public -, de s’exercer au niveau rationnellement requis par la prévention sanitaire ;
- La « vaccination des lieux » dans le cadre d’une politique rationnelle de prévention du risque pandémique, fondée sur une Loi votée par le Parlement ;

... et concrètement, dès cet été :
- La mise en place immédiate d’une mission interministérielle :
> qui élabore une loi de gestion du risque sanitaire à propagation par aérosols à présenter au Parlement en septembre ;
> qui crée un programme financé d’expertises des propagations par aérosols dans les ERP, axé en priorité sur les activités éducatives et culturelles, programme opérationnel avant le 31 juillet ;
> qui met en place un programme de financement des équipements de ventilation des établissements recevant du public, programme opérationnel avant le 31 juillet ;
> qui prolonge et facilite l’accès aux aides de tous les établissements, entreprises et actifs contribuant aux ressources scientifiques, pédagogiques et culturelles de la République, en particulier les étudiants, enseignants, chercheurs, auteurs et interprètes d’œuvres créatives et intellectuelles.

Comité Quartier Latin 
Robert Lévy, Président (professeur honoraire de philosophie) ; Nicole Medjeveski, Vice-présidente (cinéaste, productrice) ; Pascale de La Loge, Trésorière (libraire) ; Autres membres du Bureau : Evelyne Peyre, Trésorière-adjointe (chercheuse biologiste) ; Michèle Boidin (comédienne) ; Françoise Chenet (universitaire) ;
Ingrid Ernst (écrivain, urbaniste) ; Alain Garabiol (journaliste) ; Daniel Lévy (ingénieur) : Marie-France Maniglier (journaliste honoraire, historienne d’art).

[2cf. la tribune https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/06/21/covid-19-la-qualite-de-l-air-a-l-interieur-des-universites-doit-etre-consideree-comme-un-bien-commun_6085092_3232.html et la pétition https://rogueesr.fr/pour-de-bon/

Il s’agit d’une approche qui va dans le même sens que celle du CQL et que nous soutenons entièrement, mais les deux demandes n’étant pas entièrement congruentes : nous soutenons un projet local pour expérimentation dans le cadre d’une politique nationale appelée de nos vœux, concernant tous les Établissements Recevant du Public, voire l’ensemble de la construction.

[3Consultable en ligne https://budgetparticipatif.paris.fr/bp/jsp/site/Portal.jsp?page=idee&campagne=G&idee=2195, également l’article mis en ligne sur le site du CQL
Ce projet et la présente tribune sont issus d’un article paru ici - Ingrid Ernst, La crise sanitaire : un enjeu de civilisation, une affaire de lieux, 7.2.2021 http://quartierlatin.paris/?la-crise-sanitaire-un-enjeu-de-civilisation

Photo : Gwen King unsplash



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